Le jeûne, comment vous y mettre.

 Magazine Sens & santé

Le Jeûne. Comment vous y mettre ?

Depuis l’aube des temps, l’être humain a été confronté à des périodes de famine. Pour survivre, l’organisme a ainsi acquis la capacité à résister au manque de nourriture. Les mécanismes du jeûne reposent sur cette réponse adaptative et s’appuient sur deux principes. D’une part, le corps est utilisé comme réserve de nourriture. Dès que l’on mange plus que nécessaire, on stocke du gras (très énergétique). En cas de manque, le corps transforme le gras (lipides) en glucose, carburant essentiel aux cellules du cerveau. D’autre part, le jeûne préserve les protéines. Les muscles (en particulier celui du coeur) doivent être protégés. Le jeûne utilise donc peu de protéines (excepté en phase d’adaptation les deux ou trois premiers jours). Une pratique sportive douce est nécessaire pendant un jeûne, afin d’entretenir cette masse musculaire.

Rencontre avec Françoise Wilhelmi de Toledo, directrice des cliniques Buchinger, qui nous partage son expérience de plus de 35 ans de supervision de cures de jeûne.

Tout d’abord, que conseillez-vous pour se lancer dans un jeûne ?
Tout jeûne se fait avant tout sur la base du volontariat. Chacun de nous a un « médecin intérieur », et si nous avons une forte envie de jeûner, c’est un bon signe. Mais pour prendre une décision définitive, il faut distinguer deux cas de figure : si la personne a moins de 60 ans, si elle ne prend pas de médicaments, est en bonne santé et n’a pas de troubles alimentaires ni de troubles psychiques et si son état nutritionnel est bon, la décision de jeûner pose peu de problèmes. En revanche, si la personne est âgée, malade, si elle prend des médicaments, seul un médecin spécialisé dans la pratique du jeûne (et j’insiste sur ce point : si le médecin connaît mal le jeûne, il aura tendance à projeter sa propre angoisse sur son patient) peut prendre la décision de l’accompagner. Dans nos cliniques, tous les jeûnes thérapeutiques ou préventifs sont accompagnés par des médecins ayant la maîtrise d’une méthode validée. C’est la condition d’un jeûne réussi et sûr, qui a des effets positifs sur bon nombre de pathologies. Le jeûne est une expérience qui touche la personne dans son ensemble : sa dimension physique, sa dimension spirituelle et sa relation aux autres. Dans ce sens, même si l’on est en bonne santé apparente, on jeûne mieux dans un groupe bien encadré et sécurisant.

Quelles sont selon vous les bonnes conditions à réunir ?
Il faut un environnement paisible, dans un cadre de beauté pnaturelle, loin de son quotidien. On s’accorde ainsi un espace-temps où l’activité mentale incessante peut se calmer et permettre un changement de niveau dans les perceptions. La personne décélère, se tourne vers l’intérieur et rentre après deux-trois jours de transition dans un espace de bien-être, de sérénité, même, qui compense un peu le renoncement aux plaisirs alimentaires. Je souhaite à chaque être humain de découvrir sa capacité à jeûner et de vivre la richesse de toutes ces dimensions.

Q​uelles sont les différentes pratiques du jeûne ?​
On parle souvent de « jeûne » dès qu’il y a restriction calorique, ou que l’on restreint le choix alimentaire en éliminant les sucres rapides par exemple, ou encore les protéines animales. La notion est devenue élastique. À mon sens, on ne devrait parler de jeûne qu’en dessous de 500 cal/jour sans nourriture solide. En dessous de ce seuil, il existe des pratiques plus radicales, pas souvent indiquées pour les citadins des villes industrialisées que nous sommes, telle la suppression totale de nourriture et d’eau, le « jeûne sec ». Nous ne le
pratiquons pas, de même que nous ne pratiquons pas le jeûne hydrique dit « hygiéniste », qui est un jeûne à l’eau. Le « jeûne Buchinger » permet l’ajout de liquides tels que bouillons de légumes et de jus (environ 250 cal/jour).
Il a été développé par trois générations de médecins pour donner notre programme actuel, et il se caractérise par une grande connaissance de la pédagogie du jeûne. Cette pratique peut être modulée en fonction de son style de vie individuel. Il y a le jeûne hydrique hebdomadaire (un jour par semaine), comme le faisait Gandhi (en dehors de ses jeûnes longs), ou deux jours à 600 calories par semaine : le régime 5/2, très en vogue ces derniers temps. On peut également restreindre la période où l’on mange en augmentant le temps de jeûne nocturne jusqu’à 14-16 heures, en éliminant soit le dîner, soit le petit déjeuner (plus facile socialement). Mais ces jeûnes dits séquentiels ne remplacent pas l’expérience d’un jeûne annuel de sept à quinze jours dans un centre de jeûne, qui permet au processus du jeûne de s’approfondir et d’instaurer un vrai repos digestif.

Et les monodiètes ?
Un jour de fruits ou de riz complet donne des vacances au système immunitaire et au foie : le système immunitaire n’est plus obligé de reconnaître et faire le tri de centaines de substances par jour ; le foie ne doit plus digérer de graisses. Et comme on mange toujours la même chose, on mange de moins en moins… ce qui est souhaitable pour une population composée à 60 % de personnes en surpoids.

Propos recueillis par Thierry de Lestrade, documentariste
​A voir : « Le Jeûne, une nouvelle thérapie ? », documentaire de ​Thierry de Lestrade er Sylvie Gilman. Arte Éditions